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Les compétences personnelles ou « soft skills » : nos alliées pour la vie!

 

 5 février 2020

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Une petite anecdote

Durant un de mes mandats au sein d’une entreprise montréalaise, j’ai été témoin du licenciement d’un collègue qui pourtant, présentait des signes évidents de compétence poussée dans son domaine. Le jour de son départ, j’ai essayé de me souvenir des occasions où j’ai pu interagir avec lui au sein de l’entreprise, et me suis rendu compte qu’aucune d’elles n’était vraiment agréable. Bien que je ne sois pas particulièrement susceptible, je me sentais mal à l’aise et perplexe après chaque échange avec lui; je ne comprenais pas pourquoi il était si acerbe inutilement. Cependant, j’avais gardé mon ressenti pour moi. J’ai appris plus tard qu’il a été remercié suite à un mot de travers lancé à une collègue, dans l’intimité d’un … espace commun! Le mot de trop.

Posséder les compétences techniques nécessaires à l’accomplissement d’un travail est certes un atout indéniable, mais la maîtrise des compétences personnelles est cruciale pour progresser, aussi bien au sein d’une structure précise que dans le monde professionnel en général.

 

Compétences techniques (« Hard skills ») et compétences personnelles (« Soft skills »): quelles différences?

 

competence

 

Les compétences techniques constituent les habiletés relatives aux aspects techniques pour accomplir certaines tâches. Elles sont très souvent intimement liées à l’acquisition de connaissances. Par nature, les compétences techniques sont principalement cognitives et ont tendance à être influencées par le Quotient intellectuel (QI) de l’individu.

Les compétences personnelles ou « soft skills », quant à elles, peuvent être définies comme étant les habiletés interpersonnelles, humaines, et comportementales dont l’individu a besoin pour appliquer ses compétences techniques et ses connaissances sur son lieu de travail. Ce sont des aptitudes socio-émotionnelles intrapersonnelles et interpersonnelles absolument essentielles pour le développement personnel, la participation sociale ainsi que le succès professionnel. Les compétences personnelles couvrent aussi bien les aptitudes intrapersonnelles, à l’instar de l’habileté à se gérer soi-même; que les aptitudes interpersonnelles qui relèvent plutôt de la gestion des interactions avec autrui. C’est l’intelligence émotionnelle (QE) qui conditionne les compétences personnelles.

 

Quelques idées pour développer les « soft skills »

 M. Benoît Chalifoux _professeur et adjoint au vice-doyen à l’international à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM_ définit les « soft skills » comme étant la capacité à identifier et à comprendre nos propres émotions ainsi que celles des autres. Ce type de compétence relève ainsi d’une part, de la conscience de soi; et d’autre part, de la capacité à naviguer avec les émotions des autres à tout moment. M. Chalifoux affirme que les entreprises tendent de plus en plus aujourd’hui à accorder une place importante aux « soft skills » dans leur processus de recrutement.

Les compétences personnelles possèdent trois caractéristiques principales :

  1. Il n’existe aucune règle stricte ni rigide pour les maîtriser
  2. Elles sont transférables et peuvent s’appliquer à toutes les carrières
  3. Chaque individu peut améliorer ses compétences personnelles à tout moment de sa vie. 

 

  • APPRENDRE À SE CONNAÎTRE

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Il s’agit ici d’une démarche intentionnelle et sincère qui consiste à explorer notre propre personne. L’une des façons de s’y prendre selon M. Chalifoux est d’établir une liste de nos points forts et faibles, et de faire dresser la même liste par nos proches et collègues. Les écarts entre ce que nous pensons de nous-mêmes et ce que notre entourage pense de nous, peuvent nous donner une piste sur les comportements à améliorer.

 Apprendre à se connaître, c’est aussi pouvoir mettre des mots sur les émotions qui nous traversent à la minute même où elles nous submergent. Selon les études du Huffington Post, seuls 36% des gens savent identifier leurs émotions avec précision, au moment où elles se produisent. Dire tout simplement que l’on se sent « mal » reflète un vocabulaire émotionnel limité et provoque des risques de prise de décisions irrationnelles et contre-productives. Identifier formellement l’irritation, la frustration, la peur ou l’anxiété permet de creuser à la source de ces émotions et d’y remédier de façon structurée et constructive. Par surcroît, connaître nos points sensibles permet d’anticiper certaines situations risquées, en évitant tout bonnement de s’y embourber!

 

  • SORTIR DE SA ZONE DE CONFORT

 

zone de confort

 

"La vie commence à la fin de notre zone de confort", disait M. Neale Donald Walsch. En effet, faire face à un inconnu potentiellement parsemé d'adversités nous permet de découvrir que la réalité est souvent moins dramatique que les fruits de notre imagination. Si on ne réussit pas, on apprend. C’est au milieu de l’inconfort que trop souvent, les talents cachés jaillissent. Il n’existe pas meilleur moyen de grandir en dehors du fait de sortir de notre zone de confort. Parfois, chaque petit pas compte et la satisfaction que nous en retirons est toujours immense. La majeure partie du temps, nos peurs sont complètement irrationnelles et la seule façon de les vaincre, c’est de les affronter.

J’ai toujours été passionnée par l’entrepreneuriat. Il y a de cela plusieurs années, je me suis mise en tête que j’allais me lancer dans la revente de sacs. J’ai alors commencé à me ravitailler pour pouvoir lancer ma petite affaire en ligne. Lors de mon rendez-vous avec la première cliente qui voulait acheter un de mes sacs, j’étais complètement tétanisée par la peur. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai aucune idée de la raison pour laquelle j’étais dans cet état. Je tremblais littéralement. Toutes sortes de pensées me venaient à l’esprit en attendant la dame. « Et si elle ne prenait pas le sac? »; « Et si elle ne venait pas? ». On parle bien d’un sac et aucune vie humaine ou non humaine n’était en jeu durant ce processus, mais j’étais tout de même pétrifiée par cette peur incontrôlable. Une fois la dame arrivée, l’une de mes craintes s’est réalisée. Elle a refusé de prendre le sac car le trouvait trop petit. J’ai alors entamé un long monologue de négociation et elle a fini par l’acheter. Je me souviens encore aujourd’hui de la joie que je ressentais sur le chemin du retour. Ce n’était pas l’argent que j’ai gagné qui comptait à ce moment précis, mais la valeur de cette minuscule victoire. Grâce à cet épisode, je me sens parfaitement à l’aise de vendre n’importe quel objet aujourd’hui. 

 

  • SAVOIR SE DISTANCIER DU PASSÉ

 

passe

 

C’est toujours très délicat de parler du passé, car pour bon nombre de personnes, il renferme des souvenirs douloureux dont elles gardent des blessures ouvertes. Toutefois, vivre dans le passé pour un être humain est tout aussi dangereux que vivre dans l’eau. On finit par s’y noyer. Le choix intime et profondément délicat de faire face à l’avenir avec un nouvel état d’esprit est à la portée de chacun et chacune d’entre nous. Il ne s’agit pas ici de renier le passé, mais plutôt de l’affronter en le transformant en un outil qui nous permettra de faire face à l’avenir. Si nous prenons la saine habitude de lâcher prise en allant de l’avant après chaque échec et chaque blessure, tout en s’efforçant de tirer des leçons constructives de nos expériences de vie, nous développons alors une résilience incroyable qui nous fera déplacer des montagnes. S'affliger outre mesure pour un passé que nous ne pouvons de toute manière pas changer, nous fait vivre avec un fardeau inutile qui ralentit notre marche.

 

  • FAIRE DE L’ALTRUISME UN STYLE DE VIE

altruisme

 

 

 

 

 

Benoît Chalifoux explique que l’altruisme est de loin l’une des caractéristiques principales des personnes dotées d’une forte intelligence émotionnelle. L’altruisme, en opposition à l’égoïsme, se définit par la disposition à s'intéresser et à se dévouer à autrui. Il peut se manifester de différentes façons, mais donner sans rien attendre en retour en est la plus puissante expression.

Un autre aspect de l’altruisme réside dans la célébration et la mise en avant de l’autre. Se débarrasser de l’ego ne signifie pas perdre la confiance en soi. C’est apprendre à se taire afin de pouvoir écouter et surtout entendre ce que les autres ont à nous dire. C'est s’intéresser aux autres de façon désintéressée et chercher sincèrement à vouloir leur être utile. En outre, une personne émotionnellement intelligente sait se réjouir du succès de son prochain. Il n'y a aucune gloire à écraser ou dévaloriser les autres. Nous pouvons toutes et tous progresser et réussir dans nos entreprises sans devenir des obstacles au bonheur d'autrui.

 

  • RÉGLER LES CONFLITS DE FAÇON CONSTRUCTIVE

La façon dont on règle les conflits en dit long sur notre caractère et détermine grandement la couleur de notre avenir personnel et professionnel. Les personnes intelligentes émotionnellement ont tendance à s’affirmer sans agressivité durant les conflits. Elles n’essaient pas d’éviter les confrontations mais n’adoptent pas pour autant une attitude belliqueuse. Face à la contrariété, elles demeurent fermes, posées et réfléchies et cherchent des moyens pacifiques pour régler les différends. C’est un moyen stratégique qui aide à neutraliser les personnages au tempérament toxique, sans toutefois devenir leur ennemi. 

 

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  • ÊTRE DANS LE MOMENT PRÉSENT

Être dans le moment présent signifie avoir conscience des besoins à court, moyen et long termes autour de nous et y réagir adéquatement. Cela passe entre autres par l’observation minutieuse des langages non-verbaux de notre entourage et aboutit sur la mise en place d'actions concrètes répondant à ces signaux envoyés par notre environnement.

Benoît Chalifoux dit que le développement des « soft skills » commence à la maison et non au travail! Si vous rendez malheureuses les personnes de votre propre foyer, il y a de fortes chances que vous soyez tout aussi invivable au travail.  De toute évidence, quelques exceptions s’appliquent à cette règle mais l’idée exprimée ici est que l’intelligence émotionnelle se cultive dans tous les aspects de la vie. Elle ne s'utilise pas uniquement dans le domaine professionnel. Il est possible d'avoir deux comportements contradictoires dans la vie privée et la vie professionnelle, mais tôt ou tard, ce qu'on est vraiment finit toujours par prendre le dessus et s'exposer au grand jour.

 

  • AUTO-DISCIPLINE 

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L’auto-discipline est sans aucun doute l’un des exercices les plus difficiles dans le développement des « soft skills ». Être auto-discipliné c’est tout simplement respecter sa propre parole. Très souvent, on fait des promesses sincères mais qu’on n’arrive pas forcément à honorer, pour des raisons diverses et variées.  En faisant des promesses, on crée chez notre interlocuteur une attente  qui n’existait pas auparavant. Pour éviter de décevoir, il est préférable de tout simplement se taire et passer à l’action directement.

  

  • CONTRÔLER LES ÉMOTIONS ET LES EXPRIMER CORRECTEMENT

 

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La compétence personnelle passe par la maîtrise de soi et la faculté d’exprimer correctement ses émotions, surtout dans le milieu professionnel. Il est conseillé de faire preuve de calme et de patience dans la mesure du possible; que l’on soit sous pression, extrêmement irrité, très heureux ou totalement déprimé. Il existe des environnements appropriés pour l’expression de nos plus vives émotions, mais le lieu de travail n’en fait définitivement pas partie. Savoir gérer ses émotions n’est pas synonyme de se forcer à être joyeux à longueur de journée. Cela n’est ni possible ni envisageable. C’est tout simplement le fait de respecter notre environnement de travail en canalisant nos émotions, de telle sorte que notre liberté ne devienne pas une source de gêne et d'exaspération pour les autres.

Par ailleurs, l’intelligence émotionnelle c’est aussi avoir l’assurance de son identité sans pour autant tomber dans l’arrogance. Cette assurance s’accompagne très souvent d’une ouverture d’esprit qui permet de se comporter avec souplesse et convivialité et de faire  preuve d’autodérision parfois. Une personne intelligente émotionnellement a du mal à se vexer facilement et est dotée d'une forte empathie qui l'encourage à éviter de tirer des conclusions hâtives face aux situations inconfortables.  

 

Conclusion : « la vie est un marathon, non un sprint »

Au milieu des turbulences de notre existence, il est essentiel de garder à l'esprit que le chemin importe autant que la destination. La vie n’est pas une course de vitesse, mais bien un marathon. Si on veut réellement s'équiper d’une intelligence émotionnelle élevée et développer in fine nos compétences personnelles, il nous incombe d’accepter d’embrasser avec confiance chaque étape de la vie et courir à notre rythme. Tout ce qui est précieux se bâtit dans la durée et nécessite des sacrifices conséquents.

  

Sources

Bradberry, Travis, "11 signs that you lack emotionnal intelligence" (13 mars 2017), en ligne: Huffpost <https://www.huffpost.com/entry/11-signs-that-you-lack-emotional intelligence_b_58c1c600e4b0a797c1d39a8d>.

Chalifoux, Benoît, "Développer ses softs skills" (5 novembre 2018), en ligne: Les allumés <https://lesallumes.ca/06-developper-ses-soft-skills-avec-benoit-chalifoux/>.

Génholac, Éléonore, "Vos habiletés interpersonnelles vous mèneront loin" (25 décembre 2018), en ligne: Gestion HEC Montréal < https://www.revuegestion.ca/vos-habiletes-interpersonnelles-vous-meneront-loin>.

Hendarman, Achmad, and Fajar Cantner. "Soft Skills, Hard Skills, and Individual Innovativeness." Eurasian Business Review 8.2 (2018): 139-69.

Kelly services, en ligne: Kelly services <https://www.kellyservices.ca/ca/Carrieres/centre-de-ressources-professionnelles/gestion-de-votre-carriere/neuf-conseils-pour-ameliorer-vos-competences-interpersonnelles/>.

Latham, Ann, "16 reasons why you should get out of your comfort zone" (11 avril 2018), en ligne: Forbes <https://www.forbes.com/sites/annlatham/2018/04/11/16-reasons-why-you-should-get-out-of-your-comfort-zone-now/#19a8aadf62e5>.

Tsaoussi, Aspasia I. "Using Soft Skills Courses to Inspire Law Teachers: A New Methodology for a More Humanistic Legal Education." The Law Teacher 54.1 (2020): 1-30.

 

 

luca onniboni 4v9Kk01mEbY unsplashpar Rindra Idialisoa

Rindra est étudiante au Baccalauréat en relations internationales et droit internationnal de l'UQAM. Parallèlement à ses études, elle travaille au Centre de développement professionnel de la Faculté de science politique et de droit pour la production de matériel didactique. Elle complète également un stage à la Revue québécoise de droit international et s'implique auprès d'Action Réfugiés Montréal en tant qu'accompagnatrice aux audiences de révision de détention.

 

 

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